Quand on est né en France et qu’on y a toujours vécu, on peut se retrouver à 40 ans à devoir prouver sa nationalité lors d’un renouvellement de la carte d’identité. Témoignage d’Anne Girard qui a mis plus d’un an à obtenir ses papiers.
« On n’est pas sûr que vous soyez vraiment française ». Quand elle a entendu cette phrase, Anne Girard a cru que le ciel lui tombait sur la tête. « Cela m’a fait bizarre. Je ne m’étais jamais posé la question de ma nationalité. Je suis née à Paris, j’ai toujours vécu en France et j’avais une carte d’identité bien française depuis l’âge de 7 ou 8 ans ».
On lui explique alors que c’est à cause de ces cartes nouvelle génération et que c’est pour lutter contre le terrorisme… Elle doit donc aller au tribunal d’instance de Montbéliard pour avoir une preuve de son identité. « D’entrée, la dame me dit que ce sera long ».
Devant la liste de pièces exigées, Anne Girard se décourage car son histoire familiale épouse les turbulences de l’Europe. Son père allemand est venu en France pour travailler dans l’aéronautique. Sa mère, née à Riga, en Lettonie, est devenue allemande par la force des choses lors de la Deuxième Guerre mondiale. « Dans la famille, on nous disait que mon grand-père maternel avait chanté trois hymnes nationaux différents ».
Toujours est-il que le couple choisit de s’installer en France où naîtront leurs enfants. Suit un divorce et la mère, qui a la garde exclusive des enfants, se fait naturaliser.
Et le droit du sol ?
Heureusement pour Anne Girard ! Cette pièce lui permettra de sortir de cette situation ubuesque. « Comme je n’avais pas de preuve que j’étais bien française, un moment je me suis interrogée : peut-être étais-je allemande de par mes origines ? Or, l’Allemagne ne reconnaît pas la double nationalité et j’avais bien une carte d’identité française ». Finalement, elle présentera le certificat de naturalisation de sa mère…
« J’ai compris que le droit du sol c’était fini. J’ai donc accepté que j’étais française par naturalisation et cela me gêne un peu. Et si ma mère n’avait pas été naturalisée ou si elle avait perdu le document… ».
Arbitraire
Avoir une carte d’identité délivrée par l’administration n’est donc pas une preuve de nationalité. Alors quoi ? « Désormais, c’est à l’administration d’apporter la preuve que vous n’êtes pas français et non le contraire », explique le service ad hoc à la préfecture. « Oui mais il y a les textes et une marge d’interprétation qui est laissée à la personne au guichet ».
Une marge qui plonge régulièrement des Français de bonne foi dans le plus grand désarroi, car ils sont dans l’incapacité de produire les pièces demandées. « Le pire c’est que tout cela semble très arbitraire, car ma sœur a fait le renouvellement de sa carte d’identité sans être embêtée ».
Patricia Louis